À Blanquefort, en Gironde, l’usine qui fabrique depuis près de cinquante ans des boîtes de vitesses pour Ford vient d’ouvrir une ligne d’un tout autre genre. Le 28 octobre, Walor Bordeaux a inauguré une ligne d’assemblage de bornes de recharge pour véhicules électriques, en partenariat avec le fabricant taïwanais eTreego. Une étape importante pour un site qui cherche depuis des années à sortir de sa dépendance à un seul client.
Plan de l'article
Une ligne de bornes née d’un partenariat avec Taïwan #
Selon Sud Ouest, l’inauguration s’est tenue en présence de Clémentine Pei-Chih Hao, représentante de Taïwan en France, et de Francis Wilsius, conseiller régional représentant le président de la Région Alain Rousset. La direction du site, assurée par Michel Arnaud, était accompagnée d’André Calisti, directeur français de Mutares, la maison mère de l’usine.
Le partenaire, eTreego, est une société taïwanaise créée en 2017 et spécialisée dans les équipements de recharge. L’Usine Nouvelle présente d’ailleurs cette nouvelle activité comme un moyen, pour Walor, de réduire sa dépendance à Ford.
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Une montée en cadence progressive
Pour l’instant, la chaîne mobilise six personnes par équipe et se rode sur les 50 premières bornes de test. « C’est une première étape », explique à Sud Ouest Fabien Sainte-Livrade, responsable du projet. « Nous voulons produire 10 000 bornes dès 2027. Pour le moment, nous assemblons, mais le partenaire taïwanais, qui veut prendre des parts de marché en France, entend pouvoir produire dans le pays. »
À l’horizon 2030, le site pourrait concevoir et produire une gamme complète de bornes, capables de recharger aussi bien des deux-roues que des voitures ou des drones. « Nous sommes là pour bâtir notre industrialisation en France », a affirmé David Dubois, représentant d’eTreego en France.
Une deuxième chance pour la borne de recharge #
Ce n’est pas la première incursion du site dans la recharge électrique. En juin 2023, quand l’usine s’appelait encore MMT-B, une première ligne avait été lancée pour la jeune entreprise française WattPark, sans lendemain. C’est pourtant cet outil qui a convaincu le nouveau partenaire : « c’est grâce à la ligne de production que nous avions créée alors que nous avons séduit eTreego », assure Fabien Sainte-Livrade.
L’épisode illustre une réalité que connaissent bien les sites de sous-traitance automobile en reconversion : une ligne d’assemblage, même sous-utilisée, reste un actif. Elle prouve que l’usine sait industrialiser un produit nouveau, câbler, tester et livrer en série, ce qui pèse lourd face à un industriel étranger qui cherche une base de production en Europe.
Un site façonné par un seul client #
Pour mesurer l’enjeu, il faut revenir à l’histoire de l’usine. Comme le rappelait Le Journal des Entreprises en janvier, le site a été créé par Ford en 1976 pour fournir des boîtes de vitesses à son usine voisine. Passé aux mains de l’allemand Getrag puis du canadien Magna, il est détenu depuis 2023 par Mutares, un fonds allemand spécialisé dans le retournement d’entreprises.
Le contrat avec Ford, qui devait s’arrêter en 2026, a été prolongé jusqu’en 2030. Mais les volumes n’ont plus rien à voir avec l’âge d’or : 52 000 boîtes à livrer en 2026, contre 500 000 pièces par an autrefois. Le bâtiment, lui, est resté immense, avec 61 000 m² et 207 machines.
Des diversifications encore modestes
Depuis l’arrivée de Mutares, l’entreprise a créé un service commercial, un centre de prototypage, et proposé ses machines et le savoir-faire de ses équipes à d’autres clients. Elle a notamment produit des robots tondeuses pour Vitirover et les premières bornes WattPark. Ces projets n’ont toutefois pas suffi, jusqu’ici, à occuper l’ensemble des machines et des équipes.
Des salariés toujours inquiets #
L’annonce tombe dans un climat tendu. Deux jours avant l’inauguration, le lundi 26 octobre, des salariés ont débrayé devant l’usine à l’appel des syndicats, avant une réunion du CSE avec la direction. D’après ici Gironde, après un plan social l’an dernier, le site emploie encore 203 salariés en CDI et 52 intérimaires et CDD, toujours affectés à la fabrication de boîtes de vitesses manuelles, dans une activité en baisse depuis des années.
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Cinquante bornes de test ne remplacent évidemment pas une production automobile de masse. Mais si l’objectif de 10 000 bornes en 2027 se concrétise, et surtout si eTreego transfère à Blanquefort une partie de la conception et de la fabrication, le site gagnerait une activité tournée vers la mobilité électrique, là où son métier historique est lié au moteur thermique.
Ce que montre le cas Walor #
La reconversion des sous-traitants de la boîte de vitesses et du moteur thermique est l’un des grands chantiers de l’industrie automobile française. Le cas de Blanquefort montre une voie possible : s’appuyer sur un savoir-faire d’assemblage et d’usinage pour attirer un acteur étranger qui veut produire au plus près de ses clients européens. Les prochains mois diront si la cadence suit, et si les premières bornes assemblées en Gironde trouvent leur marché.




